google.com, pub-4611656155510097 , DIRECT, f08c47fec0942fa0 ELECTIONS A L’EST DE LA R.D.Congo

ELECTIONS A L’EST DE LA R.D.Congo

 

Chers frères et soeurs,

Nous vous proposons l'entretien de Son Excellence Mgr Sébastien Muyengo, Évêque d'Uvira avec Audrey de la Croix sur les ELECTIONS A L’EST DE LA R.D.Congo 

 

Entretien avec Audrey Parmentier de la Croix

 

1/Comment l’Église sensibilise la région de l'Est du pays aux questions politiques ?
Plutôt que parler de la région de l’Est, disons les régions de l’Est qui comprennent 3 provinces ecclésiastiques, celles de Lubumbashi, Bukavu et Kisangani. Je crois que votre question concerne notre Province ecclésiastique de Bukavu. Au niveau de la Province comme de chacune de nos 6 diocèses, nous avons essentiellement 2 structures : la Commission Justice et Paix, et le Programme de l’Education Civique et Electoral. Notre grand problème ici est l’insécurité généralisée, et avec cela la corruption, les injustices et la pauvreté conséquente à tout cela. Outre les programmes de nos deux structures, dans le cadre de la pastorale d’ensemble, à travers d’homélies, de sessions de formation, de rencontres avec de groupes, notamment de laïcs, de jeunes, de familles, de femmes, etc., nous essayons tant que faire se peut sensibiliser tout le monde concernant le besoin de la paix et de la sécurité sans lesquelles on ne peut rien faire en termes du développement, de l’éducation, de la culture, etc. Dans le Sud comme dans le Nord-Kivu, nous sommes trop préoccupés par le problème de la cohabitation difficile, voire tendue entre les communautés. Nous cherchons comment les réconcilier autour de quelques projets communautaires pour qu’elles puissent vivre et construire la paix ensemble. Evidemment, c’est sans compter avec tous ces politiciens de Kinshasa et des capitales voisines, voire de l’étranger en Europe et ailleurs qui tirent des ficelles dans ces conflits. Il y a aussi les seigneurs de guerres qui gèrent de carrés miniers et entretiennent de milices, et qui pour rien au monde ne pourront accepter d’intégrer l’arme nationale ou toute négociation, vu les intérêts qu’ils en tirent. C’est pourquoi dans notre action pastorale, notre attention va vers de familles sachant que tout ce monde vient de nos familles et de jeunes pour les prémunir contre le danger d’hypothéquer leur avenir et celui de la nation. 

 

2/Comment la population perçoit ces élections ? Les jeunes se sentent-ils impliqués ?
La population attend de tous ses vœux ces élections, mais auront-elles lieu vraiment ? Si oui, avec qui et comment ? Nous sommes à moins de 24 heures – j’aurais souhaité que notre entretien se passe après le 8/8 – de la clôture des dépôts de candidatures, et Joseph Kabila n’a pas encore dit son dernier mot : s’il se présente ou pas, ou qui est son fameux dauphin. La population est dubitative à ce sujet. Les évêques en ont appelé aux élections crédibles, transparentes et inclusives. Rien ne les garantit jusque-là avec la fameuse machine à vote autour de laquelle, il n’y a toujours pas de consensus, des opposants emblématiques dont la plupart sont toujours soit en détention, soit interdits de séjour au pays, comme c’est le cas pour Moïse Katumbi. Ils (les évêques) ont dit non aux élections biaisées, c.à.d. pas comme cela s’est passé ailleurs : au Congo Brazza, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, etc., où les jeux étaient faits d’avance. Apparemment que Kabila se présente ou pas, les choses semblent profiler dans ce sens, notre grande crainte est que tout cela nous replonge dans des violences et la guerre. C’est vraiment tout ce que nous devons éviter et pourtant le décor est déjà planté avec le démembrement de l’ancienne cour de justice en trois ordres juridictionnels, la promotion des officiers aux dossiers noirs et ces ballets diplomatiques avec certaines puissances comme la Russie, la Chine, la Turquie, etc. Il faut que tout le monde, les politiciens congolais, toutes tendances confondues, la communauté internationale, les Eglises, etc. se mette à l’œuvre pour qu’on en arrive pas là, à ce qui serait la syrianisation ou la lybianisation de la RD. Congo.
Et les jeunes dans tout cela ? Ventre affamé n’a point d’oreilles ! Certains s’impliquent en responsables, mais c’est une infime minorité. La majorité est qui avec le pouvoir qui avec l’opposition, prête à suivre les ordres de ceux qui paieront mieux. Les évêques plaident pour des élections dans lesquelles tous les candidats ont les mêmes chances. Comme évêque, j’ai signé, mais je me pose des questions lorsque je vois les noms qui circulent, beaucoup vont battre campagne avec l’argent pillé à la république. Nous avons pourtant de bons candidats, mais qui n’auront pas les moyens de leurs ambitions. C’est pourquoi les évêques de la CENCO en ont appelé à des élections pour une vraie l’alternance, c.à.d. pas seulement un changement de personnes, mais de tout le système qui a mis notre pays si riche en ressources humaines et matérielles par terre, qui fait de notre cher et beau pays la risée du monde, « un chien retourné à ses vomissements » (2 Pi 2, 22). 

 

3/ Cette région du pays se sent-elle concernée par les élections ? 
C’est tout le pays qui se sent concerné par ces élections qui constituent la seule voie de sortie de la crise tant institutionnelle que politique, sociale et autres. Quand nous voyons ce qui se passe au Nord et au Sud Kivu et partout ailleurs, au Kasaï, en Ituri, dans le grand Katanga, etc., avec ces tueries, ces kidnappings, ces massacres, ces pillages de nos ressources et la pauvreté de plus en plus grandissante de nos populations, etc. on ne voit pas qui, quelle région se complairait dans une telle situation. 
+Sébastien-Joseph MUYENGO, évêque d’Uvira

 

4/ Est-ce une région où le président Kabila est encore populaire ?
En vérité pas du tout. Après l’unification du pays, les accords de Sun city et l’organisation des premières élections en 2006, Joseph Kabila a raté ou refusé d’entrer dans l’histoire dès le moment où il a commencé à chercher à torpiller la constitution. Au moment où nous sommes, Kabila nous fait pleurer celui que beaucoup de congolais n’avaient pas pleuré, il nous fait regretter celui qu’on identifiait au mal zaïrois, le Maréchal Mobutu, que beaucoup de congolais ne demandaient pas mieux que d’oublier. 

 

5/Certains jeunes protestent-ils contre la médiation menée par les évêques congolais ?
D’accord, mais qu’est-ce qu’ils avaient comme plan autour du 19/12/2016 ? Apparemment rien, sinon leur colère qui risquait de finir dans une violence aveugle. Comme nous interpelle l’Ecriture, l’insensé est celui qui va en guerre, mais ne s’assied pas d’abord pour voir s’il peut avec 10 000 hommes aller au devant de celui qui l’attaque avec 20000 (cf. Lc 14, 31). De toutes les façons avec l’Accord de saint Sylvestre, ce sont tous les Congolais, et pas seulement la CENCO, qui avaient gagné le pari. Les évêques avaient fait ce qu’ils pouvaient. Et le monde entier commençait à nous respecter. Qui a gâché la fêté ? L’ego est le premier ennemi en nous. Il n’y a pas de plus grand mal en politique que l’envie de s’éterniser au pouvoir. Obama, l’Africain, avait raison : « Plutôt que d’hommes forts, l’Afrique a besoin des institutions fortes » pour se construire. L’histoire se répète et se répétera toujours quand on en tient pas compte : qui est aujourd’hui en Afrique cet homme fort que ne l’étaient les Mobutu, Kadhafi, Idi Amin, etc. ? 

 

6/ Dans votre région à l'Est du pays, les bureaux de vote seront-ils accessible à la population? Est-ce compliqué de mettre en place de telles infrastructures dans une région en proie à de nombreux conflits ?
Madame, comprenez seulement que beaucoup de ceux qui nous dirigent ne connaissent pas ce pays. Pour ne pas parler de l’intérieur du pays où nous vivons, je paris que même dans la capitale Kinshasa et les grandes villes comme Lubumbashi, Bukavu, Kisangani, Mbandaka, etc. le problème de l’accessibilité à la population va se poser. Je constate qu’on ne nous parle plus de la « Révolution de la modernité » et de fameux « 5 chantiers » qui nous faisaient rêver des routes nous menant partout. Problème d’infrastructure bien sûr, mais problème d’insécurité surtout chez nous à l’est. J’aimerai bien voir comment les choses vont se passer sur les hauts plateaux d’Uvira où il n’y a pas que les communautés locales qui se battent, mais aussi les troupes de pays voisins. Je vous remercie. 

 

 

 

+Sébastien-Joseph MUYENGO, évêque d’Uvira

 

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